Dialogue : stratégie nationale ou diversion politique ?

Papier d’opinion libre Le dialogue encouragé par la Conférence épiscopale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC) revêt un caractère stratégique et multidimensionnel. Il a vocation à résoudre les crises sécuritaires, sociales et économiques qui affectent durablement la nation. En l’occurrence, il doit pourvoir à : La

Papier d’opinion libre
Le dialogue encouragé par la Conférence épiscopale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC) revêt un caractère stratégique et multidimensionnel. Il a vocation à résoudre les crises sécuritaires, sociales et économiques qui affectent durablement la nation. En l’occurrence, il doit pourvoir à :

  • La défense de la population contre les affres de la guerre et de la prédation économique ;
  • La réunification de l’intégrité territoriale, compromise par l’occupation des groupes armés et forces étrangères non invitées ;
  • La stabilisation des institutions publiques, exposées aux risques du chaos et de l’anarchie.

En juillet 2025, OCHA a signalé 5,9 millions de déplacés internes, 3,4 millions de personnes retournées, 38 000 cas de choléra et 4,5 millions d’enfants souffrant de malnutrition aiguë. En août, près de deux millions de personnes étaient revenues dans leurs provinces d’origine (Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri). Pourtant, des camps de déplacés ont été détruits par la nouvelle administration du M23, laissant plusieurs familles sans abri.

L’intégrité territoriale, les valeurs démocratiques, la paix, la sécurité et la bonne gouvernance économique constituent le socle de la vie politique. Elles devraient être l’idéal commun de toutes les forces sociales et politiques. Cependant, malgré une apparente convergence sur la volonté de sauver la RDC, les divergences demeurent profondes quant aux moyens d’y parvenir. La coalition au pouvoir invoque la légalité, affirmant que nul ne peut s’ériger au-dessus des lois. L’opposition revendique, quant à elle, la légitimité démocratique, estimant que tout acte corrompu ou manifestement illégal libère le citoyen de son devoir d’obéissance.

Devant cet état de choses, l’IRDH développe l’opinion suivante.

1. Malaise social face au Gouvernement congolais

La population congolaise est confrontée à une gouvernance défaillante sur les plans économique, social et politique. Les détournements de fonds publics par les dirigeants de la coalition au pouvoir sont légion, tandis que l’appareil judiciaire assure l’impunité à des réseaux mafieux érigés en véritables entreprises d’État.

D’après l’ancien ministre des Finances, M. Nicolas Kazadi, le Gouvernement a multiplié la création d’organismes publics aux missions redondantes, jugés budgétivores, opaques et peu productifs. Des rapports parlementaires et d’ONG font état de détournements massifs dans les secteurs des infrastructures, de la santé et de la défense. La Cour des comptes a épinglé des entreprises complices de la dilapidation des ressources minières (juin 2025).

Le Fonds minier pour les générations futures, alimenté par 10 % de la redevance, ainsi que le Fonds de réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits, sont détournés en toute impunité. Une vidéo virale a montré le Président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo avouant avoir détourné des fonds destinés aux infrastructures, tout en accusant ses collègues députés de complicité.

Malgré les promesses de rupture, la justice demeure politisée et peu indépendante. Les mécanismes de lutte contre la corruption sont jugés inefficaces ou instrumentalisés à des fins de prédation.

2. Contexte d’une guerre persistante

La critique de la mauvaise gouvernance s’exprime sur le territoire sous contrôle gouvernemental, administré depuis Kinshasa. Toutefois, le pays se trouve amputé de ses provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, administrées de facto depuis Goma par le Mouvement du 23 mars (M23) et l’Alliance Fleuve Congo (AFC). Dans cette partie du territoire, la guerre cause de graves violations des droits humains.

Le 21 février 2025, la Résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies a reconnu le Rwanda comme partie belligérante au conflit, condamné son soutien militaire au M23, et exigé le retrait immédiat de ses troupes du territoire congolais.

Le 27 juin 2025, l’Accord de Washington a été signé entre la RDC et le Rwanda pour réduire les tensions bilatérales. Le Rwanda s’est engagé à retirer ses troupes, tandis que la RDC a promis de neutraliser les rebelles des FDLR, sous supervision américaine.

Le 17 juillet 2025, la Déclaration de principes de Doha a lancé un processus de paix direct entre le Gouvernement congolais et le M23/AFC, définissant les modalités de désengagement militaire, de réintégration et de justice transitionnelle. Le Rwanda y est reconnu comme partie tierce. Cette déclaration complète l’Accord de Washington, en intégrant les réalités du terrain et en reconnaissant le M23 comme interlocuteur politique.

Ce contexte révèle un affaiblissement militaire de l’État congolais, dont les forces armées ne parviennent plus à garantir l’intégrité territoriale ni la sécurité de la population.

3. L’épineuse question du M23 et des sanctions internationales

En dépit de l’Accord de Doha, le 24 août 2023, le Département du Trésor des États-Unis a sanctionné plusieurs responsables du M23, dont M. Lawrence Kanyuka Kingston, porte-parole du mouvement et dirigeant des entreprises Kingston Fresh et Kingston Holding.

Le 17 mars 2025, le Conseil de l’Union européenne (UE 2025/509) a imposé des mesures restrictives contre des dirigeants du M23 et des officiers de l’armée rwandaise, en raison de leur implication dans la guerre en RDC. Cette décision identifie ces acteurs comme responsables de graves violations des droits humains : assassinats, viols, recrutement d’enfants et administration parallèle en territoire congolais.

Ce texte souligne :

  • La présence non autorisée de l’armée rwandaise en RDC constitue une violation de l’intégrité territoriale et alimente le conflit ;
  • Le soutien militaire au M23 inclut la fourniture de troupes et de matériel, responsables de punitions collectives et d’exactions graves ;
  • Les revenus issus du trafic des ressources naturelles de l’Est de la RDC financent les opérations du M23 et aggravent le conflit.

4. Un dialogue éloigné des priorités de la population

Qu’il soit initié par le pouvoir, par l’opposition, ou par les églises (CENCO, ECC, églises de réveil), le dialogue politique doit intégrer deux réalités majeures : la guerre persistante à l’Est et la mauvaise gouvernance sur le reste du territoire.

Tel qu’envisagé, le dialogue semble servir les intérêts de la classe politique au détriment des urgences sociales et sécuritaires. Il apparaît comme une diversion politique, détournant l’attention des véritables enjeux nationaux, voire comme un outil de collaboration entre politiciens plutôt qu’un levier de résolution de crise.

Sa mise en œuvre risque d’être instrumentalisée, dans le but d’exclure certains acteurs ou de servir de moyen de pression interne, dans un contexte où le Gouvernement peine à contenir militairement le M23 et son allié, le Rwanda.

**** FIN ****

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